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Hiver 2017: ISC9000 Les sciences cognitives de l'équité et de la diversité

Nouvelles

ISC9000 Séminaire interdisciplinaire en sciences cognitives

Sciences cognitives de l'équité et de la diversité

Le cours sera offert par Pierre Poirier, professeur au département de philosophie de l'UQAM, et Guillaume Beaulac, professeur au département de philosophie de l'Université Concordia

Les jeudis de 18h à 21h

Il existe une tendance en sciences cognitives à vouloir établir des différences entre les genres ou entre les groupes ethniques, différences qui reflètent souvent les stéréotypes ethniques ou de genre prévalant dans la société. Ainsi, depuis une vingtaine d’années, plusieurs ouvrages de vulgarisation des sciences cognitives et des neurosciences ont fait la promotion de l’idée d’une nature humaine biologiquement déterminée, qui se reflèterait dans les capacités cognitives ou dans les dispositions comportementales humaines, voire dans la structure des cerveaux humains. Dans la même mouvance sont apparus des ouvrages selon lesquels il existerait des différences essentielles entre les groupes humains, et notamment entre les hommes et les femmes, et entre les groupes ethniques ou raciaux. Une troisième tendance cherche à établir ces différences cognitives voire neurologiques comme étant immuables, ou du moins difficilement modifiables, puisqu’elles seraient issues de notre bagage génétique adapté. Il va sans dire que ces ouvrages ont retenu l'attention des médias en plus d'avoir une voix bien présente dans bien des débats académiques, renforçant les stéréotypes communément véhiculés dans la société. Mais de telles différences existent-elles vraiment ? Les hommes sont-ils bien de Mars, et les femmes de Vénus ? Et si nous venions tous et toutes des deux ? Est-il même légitime de concevoir la question dans ces termes binaires ? Ou en termes de groupes plutôt que d'individus ? Notre société binaire, genrée, inégalitaire est-elle le résultat naturel de différences cognitives et neurologiques biologiquement déterminées ?

Dans ce cours, nous souhaitons présenter de manière critique les sciences cognitives et leurs méthodes en étudiant ces courants de pensée : en analysant les concepts, thèses, méthodes et recherches en sciences cognitives sur lesquelles ils se fondent et en mettant de l'avant et discutant des critiques qui en sont faites. Des critiques nuancées à un rejet total de ce genre d'analyse, nous mettrons de l'avant cette littérature qui reste assez peu connue du point de vue des courants de pensée les plus influents en sciences cognitives. Le cours sera divisé en trois parties. Dans la première, nous étudierons l’idée même d’une nature cognitive humaine, d’abord en prenant connaissant des arguments de ceux qui soutiennent son existence, provenant principalement de la psychologie évolutionniste mais aussi des conceptions modularistes et fixistes de l’architecture cognitive et neurologique humaine, puis en étudiant les diverses critiques conceptuelles et méthodologiques soulevées à leur égard. Dans les deux parties suivantes, nous porterons tour à tour une attention plus particulière aux deux domaines où cette prétendue nature humaine impliquerait une différence entre les humains : le genre et l’origine ethnique ou raciale. Encore ici, nous prendrons connaissance des arguments des avocats de ces différences pour ensuite étudier les critiques qui en sont faites. Parce que plus proche des sciences cognitives contemporaines tant dans leur forme (mécaniste, localisationniste, etc.) que leur pratique (imagerie, inférences à partir de temps de réaction, de double dissociation, etc.), et moins de notions plus distantes des sciences cognitives comme la psychométrie et l’héritabilité, une attention toute particulière sera portée à la question des différences de genre. Quels types de différences sont posées ? Ces différences sont-elles stables ? Quelles méthodes sont déployées pour les soutenir ? D’autres méthodes montrent-elles les mêmes différences (i.e., les résultats sont-ils robustes) ? Quelle est la valeur de ces méthodes ? Les résultats pourraient-ils être interprétés différemment ? Quelles conceptions de l’architecture cognitive et neurologique humaine soutiennent la possibilité de telles différences ? Des biais scientifiques (par exemple dans les pratiques de publication) renforcent-ils l’impression de différences entre les genres ?